L’histoire de la démocratie, en tant que système de gouvernement reposant sur les décisions d’une élite de la population, remonte à l’Antiquité.

Le premier parlement élu en Europe après notre ère est le Parlement de Montfort en Angleterre en 1265.
Mais là aussi, seule une petite minorité dispose d’une voix : le Parlement est élu par une élite représentant sans doute 2-3% de la population et sa convocation dépend du bon vouloir du roi ou de la reine.

La démocratie citoyenne, en tant que système de gouvernement reposant sur les choix de la majorité de tous les citoyens, trouve ses racines e.a. dans les serments que les hommes libres de vallées suisses (Uri, Unterwald, Schwytz, Valais) concluent entre eux au XIII et XIVième siècle pour rejeter toute domination d’un pouvoir féodal qu’ils n’approuvent pas. Ces hommes libres sont des paysans, bergers, bûcherons, vignerons, …

La Suisse est une référence pour les droits politiques car c’est le seul pays au Monde qui les utilise intensément à tous les niveaux de pouvoir, local (communal), régional* et fédéral.
*régional au sens large : canton, ensemble de cantons, ensemble de communes.

Les Confédéras de la Massa

Dans les mythes fondateurs de la démocratie Suisse, Guillaume Tell est le héros de la lutte des habitants de la vallée d’Uri pour la liberté contre l’oppression des baillis envoyés par les Habsbourgs. Mais les historiens s’accordent aujourd’hui pour dire que Guillaume Tell est très probablement un personnage de légende qui n’a jamais existé.

Tout le contraire de Guillaume Perronet, berger devenu physicus (médecin) originaire des alpages de Louc (aujourd’hui le village de Saint-Luc, Anniviers) et qui s’était installé au hameau de Thel près de Loèche (Leuk).
Guillaume Perronet, de Thel, a été à l’origine de la confédération de la Massa, rassemblant les représentants des communes valaisannes voulant s’émanciper de la tyrannie.

Selon l’historien suisse Philippe Favre dans son livre « 1352, un médecin contre la tyrannie », voici ce qui se serait passé.

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Octobre 1355. Guillaume, Guillaume de Thel avait convoqué les représentants de toutes les communes du Vallais épiscopal au confluent de la Massa, une rivière qui prend sa source dans le glacier d’Aletsch. Les procureurs syndics se tenaient au centre près d’un méandre de la rivière. Quant aux autres, ils s’étageaient en arc de cercle sur la pente. Ils étaient venus nombreux car la crainte de représailles savoyardes s’estompait au fur et à mesure que le capitaine impérial envoyé par le Roi des Romains, Bourcard Moench, reprenait les châteaux du Vallais.

Guillaume de Thel pris la parole.

« J’entends certains parmi vous qui disent que la confiance est revenue. C’est bien. Ils ont sans doute raison car nos marmites sont à nouveau pleines … mais le seront -elles toujours demain ? Si oui, la confiance demeurera, si non, elle s’en ira à nouveau. Alors, est-ce à dire que c’est l’état de nos marmites qui régit notre confiance ?

Tout dépend à qui nous l’accordons ! A l’Evêque qui a livré le pays à un bailli étranger ? Aux nobles qui se rangent toujours du côté du plus fort ? Nous avons fait appel à l’Empereur pour nous libérer du joug savoyard. Mais combien de temps cela durera-t-il?

Quand apprendrons-nous à accorder notre confiance à nous-mêmes ? Qui, mieux que ceux des communes voisines, partage les mêmes intérêts, les mêmes craintes et les mêmes espoirs que nous?
N’y-a-t-il pas mieux à faire que de nous laisser emporter au gré des courants, que de nous laisser malmener d’un rive à l’autre, et nous laisser diviser, par ceux qui veulent diriger le cours de nos vies !?

Le temps est venu d’inverser l’ordre des choses !! », s’exclama Guillaume de Thel en soulevant un arbrisseau déraciné qui avait été charrié par la rivière.

Il trancha net sa pointe et ficha le petit arbuste à l’envers dans le sable, suffisamment profondément pour qu’il tienne à la verticale, les racines ballottant vers le haut.

« Que ceux qui veulent inverser le cours des choses viennent lever ce bois de la Massa ! »

Les représentants des communes vinrent les uns après les autres et brandirent l’arbrisseau devant la foule !
Les citoyens venus nombreux répondirent par une clameur.

En Octobre 1355, 64 années après l’exemple des Waldtsätten (cantons d’Uri, de Schwytz et d’Unterwald), le peuple du Vallais conclut un pacte qui l’émancipait de la justice féodale, en outrepassant la loi du major et du vidomme.

Un acte révolutionnaire car, désormais, tout ceux qui gouverneraient leur terre ne pourraient le faire sans eux.

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